Notre faune disparaît

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Message  Gentiane le Dim 7 Juin - 20:22

En Suisse, le nombre d’animaux sauvages est sur le déclin et les espèces en voie de disparition toujours plus nombreuses. Retour sur un état d’urgence, avec Hubert Reeves.

Beaucoup ont encore en mémoire ces souvenirs d’enfance où ils jouaient avec les hannetons bourdonnants et voyaient des nuées d’hirondelles tournoyer à tire-d’aile. Aujourd’hui, il s’agit presque d’images d’archives, devenues aussi rares que certaines espèces animales. Comme les alouettes, les moineaux ou encore les vers de terre. Les chiffres ne laissent d’ailleurs planer aucun doute : il y a péril en la demeure… de notre biodiversité ! Selon un rapport du WWF International et les données 2018 fournies par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), plus d’un tiers des espèces et la moitié des milieux naturels de notre pays sont considérés comme menacés et 255 espèces déjà éteintes.

Quelques chiffres
« Certains groupes sont plus en danger que d’autres, notamment les reptiles et les amphibiens, dont plus de 75 % des espèces sont menacées d’extinction », détaille Glenn Litsios, collaborateur scientifique à l’OFEV. Les Académies suisses des sciences ne disent pas autre chose, soulignant que près de 60 % des 1143 espèces d’insectes étudiés sur notre territoire sont menacées d’extinction. Des petites bêtes grimpantes, rampantes ou volantes qui nous fournissent des « services irremplaçables », à l’instar des abeilles (lire ci-après). « C’est d’autant plus problématique que les réseaux trophiques (NDLR, chaînes alimentaires reliées entre elles au sein d’un écosystème) sont fragiles », insiste Olivier Glaizot, conservateur au Musée cantonal de zoologie à Lausanne et commissaire de l’exposition permanente « Disparus ! », consacrée à la perte de la biodiversité.

Conséquences pour l'homme
En clair, «  la suppression d’un prédateur peut vite déstabiliser l’équilibre de ses proies, situation qui peut, à son tour, entraîner un déséquilibre des végétaux et la disparition de plusieurs espèces. » Et son confrère Laurent Vallotton, adjoint scientifique au Département de mammalogie et ornithologie du Muséum d’histoire naturelle de la Ville de Genève, d’ajouter : « La disparition d’une espèce n’a pas forcément d’impact direct sur le quotidien de l’homme, mais il faut y voir un symptôme, dont le corollaire se matérialise par des paysages banalisés, de la nourriture empoisonnée et sans saveur, des sols détruits, etc.»

Une extinction accélérée par l’homme
Aujourd’hui, certains spécialistes évoquent carrément la sixième extinction de masse connue par la Terre. « Elle pourrait effectivement bien être en marche, confirme Olivier Glaizot. Les cinq premières, qui avaient pour cause des modifications climatiques et des événements géologiques majeurs, ont duré plusieurs centaines de milliers d’années, mais la sixième pourrait être plus rapide, en raison de l’action de l’homme sur son environnement. Le développement de l’agriculture, il y a plus de 10 000 ans, d’abord, puis
la surexploitation par la chasse et la pêche, la destruction des habitats,
la pollution et l’introduction d’espèces envahissantes sont les principales raisons anthropogènes de ce déclin. » Julien Perrot, créateur du magazine La Salamandre, est encore plus catégorique : « Le conditionnel n’est même plus de rigueur, car de nombreuses publications internationales attestent de ce phénomène dramatique, aussi nommé “effondrement de la biodiversité“. »

La Suisse a-t-elle les moyens d’améliorer la situation qui est la sienne ?
«Tant que les seuls critères seront économiques, les pays riches seront à la traîne, répond Olivier Glaizot. Notre pays n’est-il pas l’un des seuls, voire le seul pays à autoriser le glyphosate (NDLR, herbicide), par exemple ? En outre, notre territoire restreint est à l’origine riche en milieux fragiles — les zones humides, les prairies sèches, etc. —, qui sont d’autant plus faciles à détruire, et leurs espèces avec elles. » Si quelques projets laissent apparaître des lueurs d’espoir — réintroduction du gypaète dans les Alpes, restauration extensive de vergers à hautes tiges en Valais, revitalisation de la campagne à Genève… — le tableau est, pour l’heure, encore très noir. La preuve avec dix espèces connues du grand public dont les populations s’étiolent petit à petit avec, parfois, le risque de disparaître de notre territoire.

Interview : « Nous sommes capables d’éviter le pire »

Hubert Reeves, le grand scientifique et défenseur de l’environnement, veut réhabiliter les vers de terre qui, dans certaines régions, ont perdu 80 % à 90 % de leur densité. Sans eux, l’homme se retrouvera avec des sols désespérément stériles.

Pourquoi avez-vous choisi l’exemple du ver de terre pour évoquer la disparition de la biodiversité ?

Les lombrics sont d’une grande utilité et leur travail dans le sol est irremplaçable. On ne peut parler d’eux au singulier, car il y a plus de 7000 espèces dans le monde avec, chacune, ses particularités. Certaines décomposent les feuilles mortes en surface, d’autres aèrent le sol en y creusant des galeries. La circulation de l’eau vers les racines des plantes est ainsi facilitée, tout comme l’infiltration vers les nappes phréatiques. Ils enrichissent aussi la terre, tant en y enfouissant le fumier que par leurs déjections. Et ces ingénieurs bénévoles infatigables — qui permettent au sol d’être cultivable — ne se mettent jamais en grève ! Ils méritent donc notre reconnaissance et notre respect. C’est légitime de leur rendre hommage, chose que je fais de longue date et que je continuerai à faire aussi longtemps que nécessaire. Car si le sol en manque, on peut en réintroduire !  

Ce n’est quand même pas très sexy, un lombric. Peut-on émouvoir le grand public avec ce genre d’animaux ?

Le rôle positif d’une espèce dans un milieu naturel est sans rapport avec sa beauté physique. Il n’est pas sage de ne se servir que de critères esthétiques pour évaluer les mérites d’un animal, qu’il soit humain ou non ! Il ne s’agit pas d’attendrir le public sur leur sort, mais de les considérer comme des alliés de toujours — dès les premières domestications — dont on ne peut se passer.

Plus généralement, quelle est votre vision de l’état actuel de la biodiversité ?

Que ce soit la biodiversité sauvage ou cultivée, qu’elle soit terrestre ou marine, elle est en péril et le dérèglement climatique s’ajoute aux autres problèmes. On ne peut dissocier les deux thématiques. Comme le dit mon ami Bernard Chevassus-au Louis, président de Humanité et biodiversité : « On a franchi le cap de l’irréversible, mais il n’est pas trop tard, il faut réagir maintenant.»

A 88 ans, vous restez donc positif…

Auparavant, nous sommes passés de justesse à côté d’une apocalypse nucléaire, la raison l’ayant finalement emportée. Nous sommes donc capables d’éviter le pire. Le seul problème est que nous avons tendance à attendre la dernière minute pour agir. Il se pourrait, une fois, que ce soit trop tard. Cependant, il y a beaucoup de bonnes initiatives par le monde et nous ne sommes pas encore dans cette dernière minute !

Ne faut-il compter que sur des démarches individuelles ?

Elles ne suffiront pas, et c’est ce qui est difficile à faire comprendre. Les chefs d’Etat doivent, eux aussi, prendre leurs responsabilités. Et pour les y inciter, nous devons assurer et promouvoir le regroupement des individualités pour qu’elles se dotent d’un porte-parole actif auprès des administrations et des parlementaires au niveau national, là où les lois et les règlements sont faits. La pression sur les décideurs politiques et économiques doit s’exercer, et c’est ce que font des associations comme Humanité et biodiversité, dont je suis devenu le président d’honneur. J’aime reprendre l’expression du syndicaliste Laurent Berger : « Saurons-nous réinventer le progrès ? », qui devra désormais allier écologie et économie.

Nos espèces en danger
Le moineau
Certaines colonies très localisées voient leurs rangs se déplumer. Après s’être adapté à l’homme en quittant les arbres pour porter son dévolu sur nos édifices, le moineau est confronté à des façades souvent devenues trop lisses pour qu’il puisse y nidifier. En outre, les insectes qui servent à nourrir les jeunes durant leurs premiers jours se font rares.

Les abeilles
Elles sont l’emblème de la disparition des insectes. Ces pollinisatrices hors-pair — surtout les sauvages — contribuent à la pérennité des plantes et, indirectement, à celle de notre alimentation. Leur raréfaction tient à la pollution ou à l’utilisation d’insecticides et de fongicides. En Suisse, la moitié des 600 espèces sauvages sont menacées.

Le roi du Doubs
Ce poisson est au bord de l’extinction dans les eaux de la rivière éponyme. « Les écosystèmes d’eau douce sont tellement malmenés que les espèces disparues ou en voie de disparition, comme aussi l’alose, la lamproie ou l’esturgeon, sont nombreuses, déplore l’ichtyologue genevois Louis Zesiger. Le roi du Doubs souffre surtout de la pollution de l’eau, de la perte de ses habitats et de la fragmentation des milieux. »

Le ver luisant
Ce petit coléoptère qui se nourrit d’escargots illuminait, à l’époque, de nombreux parcs et jardins. Son déclin sur le Plateau est spectaculaire, lié généralement à l’intensification des pratiques agricoles et, dans les jardins, à l’utilisation des antilimaces.

L’alouette
Il n’y a pas si longtemps, son chant résonnait au-dessus de presque tous les champs et les prairies cultivés de Suisse. Aujourd’hui, cet oiseau est devenu rare à cause de l’accélération des rythmes de fauches et de récoltes qui font qu’elle n’a plus le temps de nicher au sol.

Le hérisson
Les effectifs de cette petite boule de piquants sont en nette baisse. Ce mammifère doit en effet composer avec l’intensification de l’agriculture et de l’utilisation des pesticides ainsi qu’avec l’augmentation du trafic routier. « Dans les jardins, ses grands ennemis sont les produits antilimaces et les clôtures hermétiques », souligne Julien Perrot.

L’hirondelle
Cette voltigeuse était jadis très présente, notamment dans les fermes. Mais depuis trente ans, on assiste à une diminution drastique de ses populations. La rénovation systématique des bâtiments ne lui permet plus de nidifier, la diminution des insectes de se nourrir, alors que le bétonnage rend l’accès difficile aux gouilles boueuses, qui lui servent à construire son nid.

Le crapaud calamite
Ce joli petit amphibien arborant une bande jaune sur le dos est représentatif des difficultés rencontrées par les batraciens, qui voient leurs habitats s’isoler et disparaître (assèchement des zones humides, canalisation des rivières, etc.). Lié aux grandes zones alluviales dynamiques, ce crapaud ne subsiste plus que dans quelques gravières.

La couleuvre d’Esculape
Bien que localement abondant (sud des Alpes et Valais), ce reptile se fait plus rare dans le Chablais vaudois et le canton de Genève. A basse altitude et au fond des vallées, la régression de l’espèce est due à l’intensification et à la mécanisation de l’agriculture, à l’embuissonnement, à la fermeture d’anciennes zones cultivées et à la destruction directe de ses habitats, à la suite de la construction de lotissements sur les versants chauds et bien exposés.

Les chauves-souris
En Suisse comme en Europe, on assiste à une impressionnante diminution des diverses espèces de chauves-souris. Pourquoi leurs colonies battent-elles de l’aile ? Car elles se nourrissent exclusivement d’insectes, qui sont eux-mêmes mis à mal par la dégradation de l’environnement, la pollution nocturne et l’usage d’insecticides.

Des gestes citoyens pour contribuer à sauvegarder la faune
À notre niveau, nous pouvons tous contribuer à préserver la nature. Une petite goutte d’eau qui pourrait se transformer en rivière, puis en fleuve, dans lequel de nombreuses espèces pourront (re)trouver leur place ! Voici quelques actions que l’on peut facilement réaliser…

Acheter responsable
Être un « consommacteur », dont l’acte d’achat s’apparente à un acte politique. Par nos choix, nous pouvons tous venir en aide à la biodiversité, s’accordent à dire l’ensemble des spécialistes. « Pour préserver la biodiversité, il est préférable de consommer bio, de saison, de ne pas acheter des produits qui ont pris l’avion et de limiter, au maximum, les déchets alimentaires », souligne Jonas Schmid, responsable communication en biodiversité au WWF. Et, ainsi, faire en sorte que tel ou tel produit devienne plus accessible.

Entretenir ses espaces verts
Les possesseurs d’un jardin ou d’un balcon qui veulent « favoriser la biodiversité doivent bannir l’usage de pesticides et d’engrais de synthèse, souligne Glenn Litsios, collaborateur scientifique à l’OFEV. Il convient également de choisir des espèces indigènes pour les haies. Dans les jardins, une prairie fleurie peut aussi remplacer un gazon monotone et attirer les oiseaux et les papillons. » Et éviter le propre en ordre, pour permettre aux animaux d’avoir des cachettes où se réfugier ! L’écologiste Hubert Reeves préconise de créer un Oasis nature.

Soutenir une association
Une autre mesure bénéfique, évoquée par Laurent Vallotton, consiste à venir en aide aux associations locales et nationales de protection de la nature. Cela peut passer par un soutien financier ou du bénévolat, par exemple en participant à une récolte de déchets.

SOURCE : generation-plus.ch (19.05.2020)
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