Genève-Neuchâtel : Sauterelle sicilienne

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Message  Gentiane le Dim 13 Sep - 16:20

Une sauterelle sicilienne débarque à Genève et Neuchâtel
La decticelle annelée, «Rhacocleis annulata», a été repérée
récemment en Suisse. La découverte d’une nouvelle espèce de sauterelle est rare.

La Suisse compte une nouvelle espèce de sauterelle. Cette decticelle annelée, que les spécialistes appellent de son nom latin Rhacocleis annulata, a été découverte pour la première fois dans les cantons de Genève et de Neuchâtel, comme dans le département français limitrophe de la Haute-Savoie.

«À Genève, l’espèce a de toute évidence réussi à se développer, puisqu’on a retrouvé un individu au stade larvaire en 2020, ce qui prouve que ces sauterelles peuvent y survivre à l’hiver», précise Christian Monnerat, biologiste à l’Info Fauna à Neuchâtel, qui a révélé récemment l’arrivée de la decticelle dans «Entomo Helvetica», la revue des entomologistes suisses.

Capturée dans la cage d’escalier

Rhacocleis a encore pour particularité d’avoir été découverte pendant un repas de famille. «J’ai vu cette sauterelle dans la cage d’escalier, et j’ai tout de suite compris que ce n’était pas une espèce indigène», explique le chercheur. Christian Monnerat travaille depuis trente ans sur ce groupe d’insectes qu’il connaît donc bien. Spécialiste des libellules, il est encore chargé de l’actualisation de la liste rouge des espèces de sauterelles, criquets et grillons menacés en Suisse.

La découverte d’une nouvelle sauterelle en Suisse «reste rare», précise le spécialiste. À l’heure actuelle, on compte plus d’une centaine d’orthoptères indigènes dans tout le pays. La diversité est élevée au sud des Alpes, en Valais et aussi dans le massif alpin.

Cette sauterelle se plaît en ville

De son côté, la decticelle annelée a conquis un tout autre territoire. À Genève et à Neuchâtel, où elle a été observée, Rhacocleis s’est installée dans des jardins, en zone urbaine, où le microclimat est favorable à cette espèce qui vient du sud de l’Italie. Car cette sauterelle est originaire de plusieurs îles comme la Sicile, Pantelleria, Lampedusa, l’archipel des Éoliennes et Malte. Et c’est probablement à partir de l’Italie que la decticelle, qui peut atteindre 4,5 centimètres sans compter ses très longues pattes arrière, est partie à la conquête de l’Europe.

Car la nouvelle sauterelle a aussi été observée en France, dans la zone méditerranéenne, sur la façade atlantique, mais encore en Alsace et en Haute-Savoie, à côté de Genève. Dans le reste de l’Europe, on a également retrouvé des Rhacocleis en Hollande et en Angleterre.

Arrivée avec des plantes siciliennes

Christian Monnerat avance deux hypothèses pour expliquer le développement de cette espèce incapable de voler: le réchauffement climatique et la mondialisation du commerce. «L’hypothèse la plus solide, c’est de penser que R. annulata est arrivée avec des végétaux ornementaux, comme des orangers ou des citronniers de Sicile, ou encore des oliviers qui sont vendus avec des volumes de terre importants, et sont achetés par des pépiniéristes et commercialisés dans nos garden centers.»

Pour qu’une telle sauterelle s’installe à demeure en Suisse, elle doit non seulement faire le voyage, mais encore survivre aux hivers alors qu’elle est habituée au climat méditerranéen. Et là, justement, il faut bien admettre que l’époque est favorable à la migration, naturelle ou facilitée, des espèces du sud, avec des hivers cléments et peu de gel.

Peu exigeante pour manger et se loger

De son côté, la nouvelle venue se montre «peu exigeante en matière d’habitat comme de nourriture». Christian Monnerat, qui l’a gardée pendant quelque temps dans un terrarium, décrit un insecte «plutôt nocturne, et qui n’a pas besoin de nourriture spécifique. Elle peut se nourrir de feuilles de buissons, mais pourrait aussi opter pour un régime carnivore et manger d’autres sauterelles mortes.»

La decticelle annelée viendra-t-elle compléter la liste des espèces invasives comme les coccinelles asiatiques, punaises diaboliques, frelons asiatiques, fourmis Tapinoma magnum, moustiques tigres, mouches Suzuki et autres capricornes asiatiques? «C’est trop tôt pour le dire. Pour l’instant, elle est encore trop rare pour qu’on puisse évaluer son impact éventuel sur la faune suisse, répond Christian Monnerat. Et puis, certaines espèces de plantes qui sont arrivées sur notre territoire n’ont pas posé problème pendant de nombreuses années, avant qu’on les considère comme invasives, et qu’on engage parfois des moyens financiers très importants pour limiter leur impact.»

Ce qui est sûr, c’est que la tâche des entomologistes se complique. «Chaque année, de nouvelles espèces débarquent, note Christian Monnerat. À force, on travaille presque avec la faune du monde.»

SOURCE : Tribune de Genève (09.09.2020)
Gentiane
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